August 14, 2022

Mi-mai, le cours de la cryptomonnaie Enzyme a fortement augmenté avant de chuter, avec un volume de transactions très élevé. Un groupe de spéculateurs a incité de nombreux particuliers à acheter, tout en revendant la crypto pour leur compte.

Certains spéculateurs agitent le marché des cryptomonnaies, qui traverse actuellement une période compliquée. Une cryptomonnaie dont le cours bondit soudainement avant de chuter: des spéculateurs, organisés en groupes, n’hésitent plus à lancer des opérations éclairs pour gonfler artificiellement la valeur de ces actifs numériques très volatils et engranger rapidement des profits.

Le 15 mai, une obscure cryptomonnaie, Enzyme, est ainsi passée de 45 dollars à 26 dollars en quelques heures, avec un volume de transactions très élevé. Quelques heures plus tard, elle replongeait et elle ne vaut plus aujourd’hui qu’environ 27 dollars.

A l’origine de ce mouvement: un groupe de messagerie Telegram sur lequel plusieurs investisseurs ont choisi leur cible avant de passer à l’action.

“Sur les marchés boursiers, c’est illégal, mais des malfaiteurs profitent du cadre réglementaire moins sévère concernant les cryptomonnaies”, explique Mircea Mihaescu, de l’entreprise spécialisée Coinfirm.

En Bourse, il y a d’ailleurs un terme spécifique pour parler de ce genre de pratique: c’est la “boiler room” ou technique de la bouilloire. Il s’agit de distiller des fausses informations (et/ou d’inciter fortement de nombreux particuliers à acheter un titre) pour faire grimper les cours d’un actif (dans lequel on est déjà investi) et le revendre rapidement pour empocher une plus-value. Les nouveaux investisseurs, eux, se retrouvent le plus souvent en perte après avoir acheté au plus haut. Une manipulation de cours interdite sur les marchés réglementés mais cette interdiction ne s’applique pas aux cryptos.

Pour donner plus d’ampleur à leur action sur l’Enzyme, les investisseurs du groupe Telegram ont également utilisé un réseau social grand public, Twitter en l’occurrence, afin d’inciter d’autres personnes à investir également.

“Les baleines (surnoms des gros investisseurs, NDLR) ramassent plein de MLN (le nom abrégé d’Enzyme sur les marchés, NDLR), ça vaut le coup d’essayer”, a par exemple tweeté un certain Cryptosanta.

Enzyme Finance, la société qui gère la cryptomonnaie, a tenté de calmer le jeu, invitant à se méfier des “faux comptes” qui cherchaient à gonfler soudainement sa valeur. Mais il était trop tard et de nombreux investisseurs s’étaient déjà lancés en suivant un procédé périlleux: acheter puis revendre suffisamment vite avant que le soufflé ne retombe et que la demande ne se tarisse.

Un phénomène qui n’est pas isolé

Presque tous ont perdu car, dans ces stratagèmes, il est essentiel d’agir très rapidement. Pour l’Enzyme, la poussée haussière n’a en effet duré que quelques minutes et les seuls qui avaient une chance de ne pas perdre de l’argent étaient les initiateurs du mouvement. “Dans toutes ces manipulations, tout le monde est convaincu d’être” celui qui va profiter de la montée du cours, explique l’économiste comportemental Stuart Mills, de la London School of Economics.

Le phénomène n’est pas isolé. D’autres groupes sont en train de promouvoir une opération similaire dans les prochains jours. Selon le spécialiste des données Matt Ranger, la plupart de ces actions sont lancées par des personnes dotées avant tout d’un solide sens du marketing.

“Vous n’avez pas besoin de savoir écrire une ligne de code”, souligne-t-il. Il suffit de savoir rédiger des messages qui trouvent un écho auprès des investisseurs dans les cryptoactifs, par exemple en reprenant la thématique de la défaillance des grandes institutions économiques.

“A mon tour de rouler les autres”

Les théories conspirationnistes fourmillent et certains soupçonnent ainsi des grands fonds d’investissements américains d’avoir orchestré le naufrage actuel des cryptomonnaies, pour en acheter ensuite à un bon prix.

“Tout à coup, tous ces comportements non éthiques deviennent plus justifiés” avec ces théories, relève Stuart Mills. Car les spéculateurs se disent: “Je me suis fait avoir, donc à mon tour de rouler les autres”.

La baisse récente de la demande pour les cryptomonnaies et le recul des cours qui en découle rendent toutefois d’autant plus périlleuses ces opérations.

“Les seuls ordres d’achat viennent de ces gens sur Telegram ou Twitter”, prévient Matt Ranger. Alors, à un moment, sans réelle demande d’investisseurs lamba pour la cryptomonnaie visée, “tout s’écroule”, souligne-t-il.

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