August 8, 2022

L’évolution du cours du bitcoin, ses records de prix… et ses plongeons spectaculaires ont fait couler beaucoup d’encre. Si l’historique de la cryptomonnaie – créée en 2009 – reste court comparativement aux autres classes d’actifs, il est déjà possible de déterminer quels sont les grands facteurs qui influent sur son cours, à la hausse comme à la baisse. “Le bitcoin est une classe d’actifs qui n’évolue pas uniquement dans sa bulle”, relève Stanislas Barthelemi, consultant chez Blockchain Partner, cabinet de conseil rattaché à KPMG.

“Des éléments exogènes, d’ordre macroéconomique, et endogènes au secteur crypto, à l’image des difficultés rencontrées par le stablecoin Terra, peuvent avoir une incidence sur son cours”, rappelle-t-il. La valeur du bitcoin peut chuter aussi rapidement que la cryptomonnaie s’apprécie. Le jeton numérique qui, contrairement aux actions en Bourse, peut s’acheter et se vendre 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur des plateformes d’échange, se caractérise par une forte volatilité.

En l’espace de six mois seulement, de son record à plus de 68.500 dollars le 9 novembre 2021 à son point bas touché le 12 mai, à 25.400 dollars, la cryptomonnaie a dévissé de près de 63%. Elle a déjà connu par le passé des chutes supérieures à 80% sur un an. “Tout va plus vite sur le bitcoin”, confie Stanislas Barthelemi. Toutefois, l’augmentation des volumes d’échanges de la cryptomonnaie – si elle se confirme bien au fil des ans – devrait favoriser une réduction de sa volatilité dans le temps.

Le jeu de l’offre – limitée à 21 millions de jetons – et de la demande

Comme pour tout actif, la quantité d’offre et de demande est un facteur déterminant pour la fixation du prix du bitcoin et l’évolution de son cours.

En l’occurrence, le protocole informatique de la blockchain Bitcoin prévoit qu’il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins en circulation. Cette masse monétaire limitée crée une forme de rareté, qui ne peut que favoriser un renforcement de la valeur de la cryptomonnaie dans le temps. Aujourd’hui, déjà plus de 19 millions de bitcoins ont été émis via le processus de minage qui permet de valider les transactions réalisées dans la cryptomonnaie.

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Si l’offre doit rester limitée, la demande peut de son côté évoluer. Plus elle sera forte, plus le prix du bitcoin augmentera. À l’inverse, plus elle sera faible, plus la valeur de la cryptomonnaie baissera.

Le processus de halving, qui réduit le nombre de nouveaux bitcoins

Un autre aspect technique joue sur l’offre de bitcoins. Tous les quatre ans environ, la récompense en cryptomonnaie attribuée aux mineurs est divisée par deux. C’est le processus de “halving” (littéralement, “réduction de moitié”). Les mineurs sont ceux qui valident et sécurisent via leurs machines les transactions en bitcoin sur la blockchain. Ces opérations entraînent la création de nouveaux blocs, qui offrent un historique des transactions.

Lorsque la cryptomonnaie a été lancée en 2009, un mineur percevait 50 bitcoins pour chaque bloc validé. Aujourd’hui, après trois halving – en 2012, 2016 et 2020 -, les mineurs ne reçoivent plus que 6,25 bitcoins par bloc. L’émission de nouveaux jetons numériques de la cryptomonnaie se raréfie donc tous les quatre ans. Et quand le nombre de bitcoins produits devient plus rare, la cryptomonnaie tend à s’apprécier. Il n’est donc pas surprenant de constater que chaque halving a été suivi d’une phase haussière pour le bitcoin.

Prochain halving attendu : en 2024, les mineurs seront alors rémunérés 3,125 bitcoins par bloc.

La politique monétaire et la corrélation avec les valeurs tech

Le cours du bitcoin peut aussi être affecté par la politique monétaire, comme c’est le cas d’autres actifs. La décision de la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale américaine, de relever ses taux de manière agressive et de réduire son bilan pour tenter de juguler l’inflation a fait chuter les Bourses, notamment aux Etats-Unis, mais aussi le bitcoin et les cryptomonnaies en général.

À l’inverse, les banques centrales ont inondé les marchés de liquidités ces dernières années, via des achats d’actifs, tout en maintenant des taux très bas. Une politique dans le sillage de la crise du Covid-19 destinée à relancer les économies et qui a favorisé l’ascension des cours de Bourse. Les cryptomonnaies ont suivi le même mouvement.

D’ailleurs, cette nouvelle classe d’actifs apparaît de plus en plus corrélée aux grandes valeurs technologiques américaines, cotées notamment sur le marché du Nasdaq aux Etats-Unis. En 2021, de nombreux acteurs de la finance traditionnelle se sont lancés dans les cryptomonnaies. Des traders investissent dans le bitcoin comme ils le font dans des actions de sociétés tech, en adoptant des arbitrages comparables. Et les connexions se multiplient entre l’univers crypto et de grands groupes technologiques, à l’image de Meta (ex-Facebook) qui veut développer son propre métavers, où pourraient s’échanger NFTs et cryptomonnaies.

L’évolution des valeurs tech en Bourse pourrait donc de plus en plus constituer un indicateur de l’évolution du cours du bitcoin.

L’évolution du cadre réglementaire

Tous les pays ne vont pas légiférer de la même façon sur le bitcoin. Mais une chose est sûre, l’évolution des législations et du cadre réglementaire appliqué aux acteurs du monde crypto peut avoir une incidence sur le cours du bitcoin, bien qu’il repose sur la technologie décentralisée de la blockchain. Et a fortiori si la réglementation émane d’un Etat puissant. Quand la Chine a mis en place des mesures drastiques contre le bitcoin et interdit à l’automne 2021 le minage de la cryptomonnaie sur tout le territoire, son cours s’en est trouvé pénalisé.

À l’inverse, des politiques qui poussent à l’adoption du bitcoin par les populations ne peuvent que favoriser la montée de son cours. Le Salvador et plus récemment la Centrafrique ont décidé de faire du bitcoin une monnaie légale. Mais le poids démographique et économique de ces deux pays est trop restreint pour influer sur le cours de la cryptomonnaie, qui peut s’échanger partout dans le monde. Même une évolution importante du cadre réglementaire au sein de l’Union européenne ne ferait pas nécessairement infléchir le cours du bitcoin.

“Ce sont les réglementations en Chine et surtout aux Etats-Unis qui font bouger les cours aujourd’hui”, souligne Stanislas Barthelemi. “Car environ 75% des capitaux levés dans l’écosystème crypto le sont par des fonds américains”, précise-t-il. Viennent ensuite des fonds asiatiques, puis européens.

L’évolution du taux d’adoption de la cryptomonnaie

Enfin, plus la cryptomonnaie sera utilisée par le grand public, les entreprises et les Etats, plus elle apparaîtra légitime, et plus les investisseurs seront rassurés sur son utilité et sa valeur. Des mises à jour techniques pouvant faciliter et développer son usage peuvent donc faire grimper le cours du bitcoin.

Des déclarations de personnalités très influentes, comme Elon Musk, peuvent aussi ponctuellement agir sur sa valeur. Ce fut le cas lorsque le milliardaire avait annoncé la possibilité d’acheter des voitures Tesla en bitcoins. Le cours avait subitement bondi. Ce pourrait aussi être le cas si des États décidaient de recourir officiellement au bitcoin, pour par exemple contourner des sanctions internationales.

Des facteurs géopolitiques, mais aussi macroéconomiques et techniques peuvent donc jouer globalement sur l’offre et la demande de bitcoins. Et donc sur son cours.

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